Le nouveau président de l'Olympique de Marseille n'a pas attendu sa prise de fonction officielle prévue début juillet pour s'approprier le club. Depuis plusieurs semaines, Stéphane Richard multiplie les déplacements et les rencontres pour se familiariser avec l'environnement phocéen.
Une immersion pragmatique du nouveau patron marseillais qui anticipe les dossiers sensibles de l'intersaison et affirme son leadership précoce.
Annoncé comme nouveau président de l’OM lors d’une conférence de presse le 10 avril, Stéphane Richard aurait pu attendre juillet pour débuter officiellement. Mais le dirigeant de 64 ans a préféré une autre approche : investir son rôle immédiatement, sans traîner. « C’est un départ lancé, un peu comme sur les relais en athlétisme ou dans certaines courses hippiques », explique-t-il depuis la Côte d’Ivoire, où il pilote un partenariat touristique stratégique pour le club. Cette impatience construite révèle une ambition claire : sécuriser l’intersaison avant qu’elle ne devienne chaotique.
Ce qu'il faut retenir
Ancien haut fonctionnaire et ex-PDG, Richard jongle désormais entre deux mondes. Jusqu’au 30 juin, il conserve ses responsabilités à la banque d’affaires qui l’emploie. Un emploi du temps chargé qui ne le ralentit pourtant pas. « Les journées sont doubles, mais il est important d’être 100 % opérationnel pour le club, de me fondre dans le système, de comprendre qui fait quoi, quels sont les problèmes à régler », confie-t-il, conscient des enjeux immenses qui l’attendent.
Ces trois dernières semaines, Richard a musclé sa présence. Il s’est rendu aux trois derniers matchs à domicile de la saison — face à Metz, Nice et Rennes — et a effectué le déplacement au Havre le 10 mai. Au-delà de la simple présence, il s’immerge dans le quotidien. Il a côtoyé les joueurs, récompensé Mason Greenwood, élu meilleur joueur de la saison par les supporters, et honoré Leonardo Balerdi pour son 200ème match sous les couleurs olympiennes après la rencontre contre Rennes le 17 mai.
Richard n’a pas hésité à user de son autorité naissante. Épaulé par Alban Juster, président intérimaire sortant, il a sanctionné Pierre-Emerick Aubameyang le 8 mai pour l’affaire de l’extincteur, un incident qui avait marqué les esprits. Ces gestes, anodins en apparence, établissent une ligne de conduite : la discipline, même pour les grands noms.
L’appropriation du club se poursuit par une visite structurée. Le 27 avril, Richard a parcouru les installations de la Commanderie. Le 11 mai, il s’est exprimé devant les salariés de l’OM au nouveau siège social avenue du Prado, face à la Méditerranée. « Il a eu l’humilité d’avouer qu’il découvrait vraiment ce milieu du foot si particulier », rapporte un cadre du club présent à l’occasion. Cette humilité apparente cache une conviction : Richard sait qu’il doit apprendre rapidement, mais sa trajectoire professionnelle lui donne les outils pour maîtriser tout système hiérarchique.
L’une de ses premières décisions concrètes concerne le poste clé de directeur sportif. Richard a reçu les candidats à cette fonction stratégique et a arrêté son choix : Grégory Lorenzi, ancien directeur sportif de Stade Brest, reconnu pour son architecture de projets ambitieux. Cette nomination, bientôt officielle, symbolise une volonté de stabilité structurelle. La question de l’entraîneur demeure en suspens et devrait être tranchée dans les semaines à venir, complétant ainsi son projet sportif.
Parallèlement, Richard sécurise aussi les partenariats stratégiques du club. Son voyage en Côte d’Ivoire cette semaine n’est pas anecdotique : il vise à prolonger de trois ans le partenariat noué en 2023 avec le ministère du tourisme local, symbolisé par le slogan « Sublime Côte d’Ivoire ». Richard connaît bien les responsables ivoiriens, qu’il a fréquentés lors de son passage à Orange. Ce travail de diplomatie sportive, souvent invisible, nourrit les finances du club et renforce son rayonnement international. Sur place, il a aussi rencontré Didier Drogba, légende marseillaise, une rencontre qui pourrait ouvrir des portes futures.
L’engagement de Richard ne passe pas inaperçu dans le paysage politique local. Renaud Muselier, encore président de la région Sud quelques mois, soutient le nouveau patron : « Pour un de vos confrères, en mars, j’avais dressé le portrait-robot du futur président de l’OM : de l’expérience, capable de résister à la pression, d’adapter sa stratégie aux moyens financiers… Le profil de Stéphane, quoi ! » Muselier salue aussi son ami Stéphane Richard, loue sa stabilité et son autonomie financière face à l’actionnaire Frank McCourt.
De l’humain, du profondément humain même, car le foot est d’abord une affaire d’hommes, à tous les niveaux, puis du politique, du financier, du management, du juridique, de l’international…
Stéphane Richard
Cette vision holistique dépasse largement le sport. Richard comprend que diriger l’OM, c’est danser entre les intrigues politiques marseillaises, les impératifs financiers, les tensions médiatiques et les ambitions d’une institution inscrite dans l’histoire locale. Avant sa nomination, il s’était même entretenu avec Jacques-Henri Eyraud, son prédécesseur tumultueux, bien qu’aucune participation formelle au recrutement n’en ait découlé.
Le succès de Richard dépendra des résultats sportifs à venir. Dimanche dernier, après la dernière rencontre à domicile, il a eu l’occasion de vivre la satisfaction d’une fin de saison apaisée — bien loin du chaos qui aurait pu le caractériser. C’est sur cette note positive que s’achève cette première phase de transition, avant que les véritables défis de l’intersaison ne se profilent.
Source : Lequipe L1
