Le nouveau président de l'Olympique de Marseille, Stéphane Richard, n'a pas attendu sa prise de fonctions officielle prévue le 3 juillet pour s'investir pleinement dans le club. Depuis plusieurs semaines, le dirigeant expérimente le quotidien phocéen en accélérant les dossiers sensibles de l'intersaison.
Une stratégie pragmatique qui confirme la volonté du nouveau patron d'assurer une transition en douceur et de maîtriser rapidement les enjeux complexes du football professionnel.
À 64 ans, Stéphane Richard n’a pas attendu l’été pour s’approprier son nouveau terrain de jeu. Bien que sa prise de fonctions officielle soit programmée le 3 juillet, le président fraîchement nommé anticipe depuis plusieurs semaines, conscient que l’intersaison concentre des dossiers stratégiques impossibles à repousser. Entre son poste actuel à la tête d’une banque d’affaires — qu’il quittera le 30 juin — et ses nouvelles responsabilités à la tête du club olympien, Richard joue sur deux fronts. « Les journées sont doubles », confie-t-il, tout en soulignant que cette implication précoce répond à une nécessité : « Il est important d’être 100 % opérationnel pour le club, de me fondre dans le système, de comprendre qui fait quoi, quels sont les problèmes à régler. »
Ce qu'il faut retenir
Cette immersion progressive du nouveau patron tranche avec une approche plus passive. Au cours des dernières semaines, Richard s’est montré extrêmement actif sur le terrain. Il a assisté aux trois derniers matchs à domicile de l’OM — contre Metz, Nice et Rennes — et n’a pas hésité à se déplacer au Havre le 10 mai pour découvrir le club en action. Cette présence constante aux côtés du président intérimaire Alban Juster lui permet de mesurer l’ambiance générale et de prendre le pouls de l’organisation interne.
Le nouveau patron a aussi multiplié les échanges directs avec les joueurs. Après le match OM-Rennes du 17 mai, il a récompensé personnellement Mason Greenwood, élu meilleur joueur de la saison par les supporters, et Leonardo Balerdi, qui franchissait la barre des 200 sélections sous les couleurs marseillaises. Ces gestes symboliques montrent une volonté de nouer des liens rapidement avec le groupe.
Richard n’a pas esquivé non plus les décisions délicates. Le 8 mai, il a cosigné avec Juster la sanction contre Pierre-Emerick Aubameyang pour son implication dans l’incident de l’extincteur. Cet événement, devenu légendaire dans les annales du club, illustre une capacité du nouveau dirigeant à trancher rapidement sur des questions de discipline, sans détour.
Depuis le début du mois, Richard a aussi visité les installations du club. Le 27 avril, il a exploré les locaux de la Commanderie ; le 11 mai, il s’est adressé aux salariés du club dans les nouveaux bureaux de l’avenue du Prado. Ces moments de rencontre lui permettent de cerner la culture interne et les attentes de chacun. Un cadre du club souligne cette approche humble : « Il a eu l’humilité d’avouer qu’il découvrait vraiment ce milieu du foot si particulier. »
Sur le plan sportif, les décisions majeures s’accélèrent. Richard a reçu plusieurs candidatures pour le poste stratégique de directeur sportif et a arrêté son choix sur Grégory Lorenzi, ancien architecte de Brest. L’intronisation de ce dernier devrait intervenir rapidement. La question de l’entraîneur reste en suspens et ne sera probablement tranchée qu’après cette étape.
Parallèlement à ses préoccupations marseillaises, Richard protège aussi les intérêts du club sur le plan économique. En début de semaine, il s’est envolé vers la Côte d’Ivoire pour consolider un partenariat stratégique entre l’OM et le ministère du tourisme local. Cette collaboration, lancée en 2023 sous le slogan « Sublime Côte d’Ivoire », pourrait être prolongée de trois années si les négociations aboutissent. « Ce partenariat nécessite un engagement important », explique le président. « Je connais bien les responsables de ce pays, je les ai beaucoup fréquentés lors de mon passage à Orange. » Ce voyage lui a aussi offert l’opportunité de rencontrer Didier Drogba, légende du club olympien, dans une optique de rapprochement futur avec la structure de l’OM.
Le profil de Richard rassure les observateurs proches du club. Son ami Renaud Muselier, président sortant de la région Sud, valide cette nomination : « Vous savez, pour un de vos confrères, en mars, j’avais dressé le portrait-robot du futur président de l’OM : de l’expérience, capable de résister à la pression, d’adapter sa stratégie aux moyens financiers… Le profil de Stéphane, quoi ! » Ancien haut fonctionnaire ayant occupé des responsabilités nationales, ancien grand patron d’entreprise qui a géré des crises sociales et économiques majeures chez Orange, Richard jouit d’une autonomie financière certaine vis-à-vis de l’actionnaire, ce qui devrait lui permettre de proposer un leadership stable à un club qui en a eu besoin.
Cette implication précoce du nouveau président témoigne d’une stratégie délibérée : prendre le pouls du club avant les décisions majeures de l’été, sécuriser les dossiers critiques et établir son autorité de manière progressive plutôt que disruptive. Le calendrier serré des transferts, du rendez-vous avec la DNCG et du choix d’un nouvel entraîneur justifie pleinement cette approche offensive.
Source : Lequipe L1
