À l'approche du Mondial 2026, les femmes mexicaines doivent combattre les stéréotypes machistes pour être reconnues comme de véritables passionnées de football. Un enjeu social majeur dans un pays où la violence de genre reste chronique.
Un article qui met en lumière la lutte discrète mais déterminée des supportrices mexicaines pour conquérir leur place dans les tribunes, bien au-delà du simple accessoire.
Le Mexique accueillera à nouveau la Coupe du monde cet été, aux côtés des États-Unis et du Canada. Mais cette édition 2026 s’annonce différente pour les supportrices mexicaines, qui refusent de se laisser réduire au rôle de simples décors des matchs.
Ce qu'il faut retenir
Selon un sondage de l’institut Mitofsky, seules 25 % des femmes mexicaines déclarent s’intéresser au Mondial, contre 44 % chez les hommes. Un écart qui reflète bien plus qu’une simple préférence : il révèle une marginalisation historique des femmes dans l’univers du football mexicain. Andrea Peña, qui supporte les Pumas depuis son adolescence et fait partie de La Rebel, un groupe ultra du club, incarne cette nouvelle génération prête à changer les choses. Elle prévoit de suivre plusieurs rencontres lors de la compétition, qu’elles se jouent aux États-Unis, à Monterrey, Guadalajara ou au Mexique pour le match d’ouverture le 11 juin.
Le problème dépasse largement le stade. Le Mexique souffre d’une violence de genre endémique : environ dix femmes ou filles sont tuées chaque jour selon les données gouvernementales relayées par l’ONU. Dans ce contexte, conquérir sa légitimité dans les groupes de supporters devient presque un acte politique.
« Nous, les femmes, devons démontrer qu’on s’y connait en football. Si tu ne connais pas le nom de tous les joueurs, alors tu es censée ne rien savoir du football. On exige de nous de connaître des choses que les hommes eux-mêmes ignorent »
— Luz Vari, fondatrice d’un groupe de supportrices
Luz Vari a fondé en 2019 la « barra feminista », un groupe rassemblant les supportrices du championnat professionnel féminin. Elle dénonce une exigence disproportionnée : les femmes doivent prouver leur connaissance pour être crédibles, là où les hommes ne se posent pas la question.
Des progrès sont toutefois visibles. Andrea Peña affirme que la présence féminine au sein des ultras augmente, avec entre 40 et 50 % de femmes lors des matchs classiques. Au niveau international, six femmes officieront comme arbitre principal lors de la Coupe du monde, dont la Mexicaine Katia Itzel Garcia. Les femmes gagnent aussi du terrain dans le journalisme sportif, secteur traditionnellement dominé par les hommes.
Cependant, la sociologue argentine Natalia D’Angelo, qui étudie le phénomène des barras, tempère cet optimisme. Selon elle, les femmes livrent un combat « très intense » pour accéder à ces espaces profondément masculins. Et même quand elles y parviennent, elles restent souvent cantonnées à des rôles genrés : organisation, administration. Les marges, finalement, que ces organisations daignent leur concéder.
Le contraste avec les éditions précédentes est frappant. En 1970 et 1986, l’image de la femme dans les tribunes était celle d’un accessoire. La publicité pour une bière « Chiquitibum » datant de quarante ans en est l’illustration parfaite : on y voyait une actrice se déhanchant au milieu des supporters masculins, réduite à un simple ornement.
Source : 20 Minutes
